
La prochaine fois, le feu, écrit dans le tumulte des années ’60 par l’auteur américain James Baldwin, témoigne de l’expérience noire américaine évoquant la prégnance de la question sociale, raciale et la tentation des extrémismes. Plus largement, sa pensée renvoie à une nation américaine d’hier qui pourrait bien ressembler à une Europe d’aujourd’hui. Baldwin s'adresse à nous dans une langue incandescente, puissamment poétique, héritière de la tradition des prêches comme du parler cinglant des rues. Portée par une équipe issue de plusieurs sphères artistiques, le spectacle souhaite nous faire réentendre l’urgence de sa pensée, la finesse de son propos et son exceptionnelle lucidité.
Rosa Gasquet poursuit avec ce projet une recherche amorcée avec sa mise en scène de Bintou de Koffi Kwahulé : sur les racines des questions urbaines, autour d’écritures fondatrices à la fois poétiques, musicales et critiques. Elle travaille des formes à la frontière de la parole et de la musique, mêlant des éléments très archaïques – parole, chant, travail choral - à d’autres plus actuels comme la forme du « montage » et d’autres éléments issus des cultures urbaines.
Elle rassemble dans cette création des artistes issus de la scène théâtrale (Dorcy Rugamba), de la scène musicale (Inno de Sadjo, Cléo) et des cultures urbaines (Cheikh Sall, DJ Aral). Après Bintou, nous traversons « l’Atlantique noire » pour écouter la parole de James Baldwin. Koffi Kwahulé avait écrit « quand on cherchera dans mon écriture le griot…je me transformerais en jazzman ».
« J’ai atteint le point crucial de mon évolution le jour où j’ai été forcé d’admettre que j’étais une espèce de bâtard de l’Occident. Cela signifiait d’une manière subtile que j’avais devant Shakespeare, Bach, Rembrandt, les pierres de Paris, la Cathédrale de Chartres et l’Empire State Building, une attitude spéciale. Ces choses-là n’étaient pas vraiment mes créations, elles ne contenaient pas mon histoire, j’étais un intrus. Mais dans le même temps, je n’avais aucun héritage qui soit utilisable. Il faudrait que je m’approprie ces siècles blancs, que je les fasse mien, sinon je n’aurais pas ma place dans cette structure.»
James Baldwin
La mise en scène
Une composition hybride mettant à l’honneur la musicalité
de la langue de Baldwin
Le prochaine fois, le feu est une composition théâtrale volontairement hybride où la parole, la musique, le chant et des éléments plus actuels comme le DJing et la création vidéo, forment une unité et agissent de concert, tout en restant dans une économie de moyens. L’urgence du discours de Baldwin se meut dans une forme où instruments et voix se répondent, aux confins d’un univers musical et d’une esthétique héritière de la culture noire américaine – spirituals, soul music, éléments hip-hop - mais intégrant aussi des éléments plus inattendus - mélopées africaines, parole actuelle slammée, jazz intriguant. Un travail où des éléments presque archaïques (narration, choralité, percussions corporelles) et plus actuels (inspirés des cultures urbaines) se côtoient. Il ne s’agissait pas pour l’équipe artistique de « reconstituer » l’univers musical ou l’esthétique de l’époque de Baldwin, mais plutôt de réécouter Baldwin aujourd’hui, et de le faire entendre avec les moyens d’une équipe actuelle et cosmopolite, évoquant la réalité des villes actuelles. Ce travail de Rosa Gasquet s’inscrit dans la poursuite d’une recherche déjà esquissée dans sa précédente mise en scène, Bintou, de Koffi Kwahulé.
Une forme « montage » et chorale du récit
L’adaptation du texte réalisée par Manuel Pereira et la mise en scène de Rosa Gasquet accentuent volontairement la sensation de «montage cut », réalisant des ellipses et des collisions, tout en préservant le fil rouge de la pensée de Baldwin.
La parole est volontairement « chorale », tout le texte n’est pas porté par un unique narrateur. Même si la partition confiée à Dorcy Rugamba assume une forme de fil rouge, Cheikh Sall et Cléo, ainsi que Inno De Sadjo et DJ Aral (pour la partie musicale), se répondent pour recréer la parolede Baldwin. Cléo et Cheikh assument par ailleurs d’autres personnages présents dans le récit : une femme prêcheur, un jeune prédicateur, un
homme du ghetto.
La pièce repose également sur le principe des deux Baldwin. Le récit de l’écrivain est pour une grande partie une narration au passé où il raconte son adolescence à Harlem et ses années de prêche ; d’où le choix d’un couple narrateur-acteur : Dorcy Rugamba assumant le narrateur de
l’histoire, en quelque sorte le Baldwin-écrivain plus âgé et Cheikh Sall, l’homme plus jeune.
L’adaptation du texte réalisée par Manuel Pereira et la mise en scène de Rosa Gasquet accentuent volontairement la sensation de «montage cut », réalisant des ellipses et des collisions, tout en préservant le fil rouge de la pensée de Baldwin.
La parole est volontairement « chorale », tout le texte n’est pas porté par un unique narrateur. Même si la partition confiée à Dorcy Rugamba assume une forme de fil rouge, Cheikh Sall et Cléo, ainsi que Inno De Sadjo et DJ Aral (pour la partie musicale), se répondent pour recréer la parolede Baldwin. Cléo et Cheikh assument par ailleurs d’autres personnages présents dans le récit : une femme prêcheur, un jeune prédicateur, un
homme du ghetto.
La pièce repose également sur le principe des deux Baldwin. Le récit de l’écrivain est pour une grande partie une narration au passé où il raconte son adolescence à Harlem et ses années de prêche ; d’où le choix d’un couple narrateur-acteur : Dorcy Rugamba assumant le narrateur de
l’histoire, en quelque sorte le Baldwin-écrivain plus âgé et Cheikh Sall, l’homme plus jeune.

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